Espace Croix-Baragnon, Toulouse  

 

 

Villeneuve-Triage, 2010, 130 x 180   

Témoin, 2010, 120 x 175 cm  

Episode, 2010, 130 x 180 cm  

Paysage 2

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Berdaguer & Pejus, Damien Cabanes, Jean Lafforgue, Lionel Loetscher, Eva Nielsen, Marie-Agnès Verdier, Brankica Zilovic
Exposition collective en collaboration avec l'espace Croix-Baragnon, Toulouse.
Invitation de Eva Nielsen par Point de Fuite. 
 
Du 9 juin au 11 septembre, vernissage le 8 juin à 19h
à l'Espace Croix-Baragnon
24, rue Croix-Baragnon
31000 Toulouse

Les objets, cela ne devrait pas toucher,
puisque cela ne vit pas (…) Et moi ils me touchent
c’est insupportable.

Jean-Paul Sartre, La Nausée

Les paysages d’Eva Nielsen ne doivent être lus en suivant la ligne d’horizon, mais dans le sens opposé : dans l’épaisseur de la peinture, dans sa matière. Savant mélange de techniques diverses, ses toiles recomposent un réel fait de choix précis. Sérigraphie, peintures à l’huile et acrylique viennent composer des situations hors du temps, un semblant de réalité. Ces strates sont autant d’indices de l’intervention de l’artiste dans la création de mondes.
 
L’acte créatif apparaît au grand jour, sans détours : traits de crayon, coulures, retouches, les accidents se révèlent en même temps que la profondeur de la composition.
Le regardeur peut ainsi retracer la naissance de l’image, sa délivrance suite à un long travail de masquage de la sérigraphie pour ne pas l’endommager avec l’acrylique ou l’huile. Des heures de camouflage puis de révélation du motif primaire. Empreintes d’un aspect brut, ses toiles paraissent esseulées, tout comme les paysages qu’elle dépeint.
Terrains de narrations ? Oui car tous les possibles sont dans ces scènes désertes. Au travers de l’absence de toute humanité, tous les plans peuvent être échafaudés, les hypothèses tracées et les histoires inventées. Leurs grandes dimensions inviteraient presque à s’y plonger mais leur hostilité nous incite soudain au mouvement inverse… elles ne sont pas faites pour cela.
 
Depuis quelques années, les mondes d’Eva Nielsen se déclinent au travers de plusieurs séries dont celle des jeux d’enfants. Une fascination pour l’aspect formel de ces structures, parfois aux allures d’ovni, la pousse à les représenter de manière obsessionnelle. Aire de jeux transformées en aires de désillusion, ces espaces ont été créés à partir de photographies qu’elle décompose et réorganise scrupuleusement. Ils décrivent de drôles de constructions dédiées à l’amusement en milieu urbain, instruments superficiels conçus dans le seul but de divertir les enfants en leur offrant la possibilité de se suspendre, de jouer les équilibristes, en somme, des générateurs de frissons dans des espaces stériles et inhibants. Dans Episode, la structure d’un jeu rouillé est fichée dans un sol militaire, champ de bataille dont l’arrière plan sans issue est inquiétant. Ses couleurs rappellent les tenues des troupes. Ces objets ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes, silhouettes fantomatiques transposées dans des sites inamicaux. La technique même de la sérigraphie, reproduction mécanique et sérielle d’un objet déjà réduit au statut d’image photographique, engendre une perte de réel. C’est à partir de cet élément central que se développe la scène.
 
Le geste de l’artiste vient compléter l’action froidement reproductrice de la machine : à l’arrière-plan, le paysage est quant à lui vaporeux, en totale dissolution. Les glacis qu’obtient Eva Nielsen révèlent des paysages déserts, figés, portant encore les stigmates d’une catastrophe naturelle ou d’une présence humaine qui se dessine en creux.
Au sein d’un paysage bleuté, derrière la cage de football de Villeneuve-Triage, les cyprès ondoient sous la tempête et semblent en feu. Devant nous se dresse un vaste terrain que seul un manteau neigeux a osé investir. Le ciel est inquiétant. Estimons-nous heureux de nous trouver de ce coté-ci.
 
Par ces compositions à la fois verrouillés et perméables, Eva Nielsen innerve un sentiment d’inconfort chez le regardeur. Elle décrit un monde effrayant parfois, inquiétant toujours.
Elle agence une peinture sans cadre, dont l’essence interne pourrait bien contaminer notre monde en débordant. A moins que la vulnérabilité de ses contours n’ait déjà été éprouvée en sens inverse…
 
Elodie Stroecken

Critique d’art : Elodie Stroecken